Rien à me reprocher
Par liZe, dimanche 3 août 2008 à 04:58:: Société :: #13 :: rss :: 158 lectures
Certains jours, on ne peut que se satisfaire d'avoir une vie saine. Alors que nombre de sites dits communautaires récupéraient les données que vous lui donniez sur vous, il n'est maintenant plus nécessaire d'entrer inlassablement vos nom, prénom, adresse, photos, goûts musicaux et autres détails personnels. D'autres le font pour vous, avec une gentillesse qui frise parfois le dévouement. Grâce à mes amis (je n'ai aucun ennemi), ma vie est en ligne. C'est tout ce que j'aime...
Je n'ai rien à me reprocher.
Ce n'est pas le cas de tout le monde, si l'on s'en réfère aux voix qui s'élèvent sur la toile pour lutter contre la myriade de petits Big Brothers qui se cachent derrière les sites basés sur cette technologie incroyable que l'on a l'habitude de nommer mystérieusement Web 2.0[1]. Dernière levée de boucliers en date : Street View, une extension de Google Maps qui permet de vous promener dans les rues de quelques villes autour de la Terre grâce à de nombreuses photos de chaque rue. A priori, rien d'extraordinaire... Seulement, il n'est pas rare de voir apparaître sur ces clichés des voitures et leur plaque d'immatriculation, voire même un ou deux visages identifiables. Quel drame.
Il n'en faut pas plus pour susciter l'indignation de certaines personnes, indignation relayée par les journaux et les sites d'information friands de luttes pour sauvegarder le brin de vie privée qu'il nous reste peut-être. Clubic, par exemple, nous apprend que Google ne croit pas au respect de la vie privée[2]. Et de se fendre d'un article listant les petites contrariétés des utilisateurs reconnaissant leur trombine sur l'un des millions de clichés, stupéfaits de n'avoir été mis au courant avant la mise en ligne.
Heureusement, notre belle France et ses habitants qui-se-lèvent-tôt-pour-gagner-plus sont sur le qui-vive. On s'organise pour mettre fin à cette masquarade, en postant des commentaires (sur le site de Clubic par exemple). Qu'on se le dise : ceux qui veulent enlever leur photo de ce site ne comprennent pas :
- Que c'est un bon moyen de devenir célèbre
- Que si on ne veut pas être photographié, on n'a qu'à rester chez soi
- Que ce service n'est là que pour notre bien (comme la galaxie d'applications généreusement mises en ligne par Google moyennant du temps de cerveau disponible autrement appelé publicité)
- Qu'il n'y a pas mort d'homme (on défend notre vie privée alors qu'il y a des Africains qui meurent de faim, on n'a pas le sens des réalités, vraiment, je vous le dis)
Mais surtout s'érige le meilleur, le must, le grand argument : défendre la vie privée, c'est avoir quelque chose à se reprocher. C'est la phrase infaillible contre laquelle on ne peut rien. C'est la phrase qui rétablit d'un seul coup la noblesse de de délation et des surveillances vidéo. C'est la phrase qui nous dispense de réfléchir avant de nous inscrire sur Facebook.
Google n'est pas le mal[3].Ces photos en ligne ne sont, dans l'immense majorité des cas, pas une atteinte insupportable à notre vie privée. Le seraient-elles si elles étaient mises à jour tous les mois, tous les jours, en temps réel ? Que penser également des conditions d'utilisation de Facebook qui nous expliquent noir sur blanc que en publiant un Contenu utilisateur sur tout ou partie du Site, vous concédez expressément à la Société, et vous garantissez détenir les droits nécessaires à cet effet, une licence irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable et pour le monde entier sans rétribution financière de sa part (y compris le droit de concéder des sous-licences), d'utiliser, copier, représenter, diffuser, reformater, traduire, extraire (en tout ou partie) et distribuer ce Contenu utilisateur, à des fins commerciales, publicitaires ou autres, sur le Site ou en relation avec le Site (ou dans le cadre de sa promotion), de créer des oeuvres dérivées du Contenu utilisateur ou de l'incorporer à d'autres créations, et d'en concéder des sous-licences des éléments cités.[4] ?
Le plus triste, sans doute, est que personne ne s'intéresses à ses droits ni ne lit les conditions d'utilisation. Dommage, vous auriez pu trouver, par exemple sur la page Politique de confidentialité de Facebook, des phrases marquantes et insensées telles que Les publicités qui apparaissent sur Facebook sont parfois délivrées directement aux utilisateurs par des tiers annonceurs. Ils reçoivent automatiquement votre adresse IP quand cela arrive. Ces annonceurs peuvent aussi télécharger des cookies sur votre ordinateur, ou utiliser d'autres technologies comme JavaScript et des. (sic)[5].
Sur Internet, je rentrais des informations sur moi. Mes amis le font à ma place désormais. Je n'ai heureusement jamais bu, jamais fumé, jamais trompé, jamais menti. Et quand bien même j'aurais quelque chose à me reprocher, je pourrais toujours écumer les centaines de sites qui synthétisent ma vie pour modifier ou supprimer ces données, comme me l'y autorise la CNIL.
Mais au fond, que vaut ma vie privée ? Pour les autres, une manne financière qu'est prête à ouvrir le monde de la publicité. Rien qu'en existant, je crée de l'emploi dans le monde de l'industrie d'aliénation des masses. C'est bon pour la croissance.
Mais au fond, que vaut ma vie privée, pour moi ?
Beaucoup de bruit pour rien, trop de réflexion, vous avez raison. Finissons sur une note légère, un commentaire plein de bon sens vu en réponse à l'article de Clubic :
Je me suis fait "flasher" deux fois par la google car dans Paris... J'ai hate d'aller voir si j'apparais... Ca me fera rire d'avantage qu'autre chose. La vie privée, de toute facon, c'est simple, je suis parisien, donc je me promene dans paris...rien de spécial à cacher la dedans. lol
Lol. Sans doute.
Notes
[1] Pour les néophytes, une définition du Web 2.0 proposée par Wikipédia.
[2] Sur Clubic, Google : le respect de la vie privée n'existe pas.
[3] La phrase Don't be evil (ne soyez pas le mal) est connue pour être le slogan informel de Google.
[4] Tiré des conditions d'utilisations de Facebook au 7 juin 2008.
[5] Tiré de la politique de confidentialité de Facebook au December 6, 2007 (sic).
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